La Nourriture chez Miyazaki, épisode 2 : La bouffe pour lier, la bouffe pour rythmer

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La dernière fois, on a parlé des différentes formes d’apparition de la nourriture chez Miyazaki. Si vous n’avez pas lu cet article, je vous invite à le faire maintenant.

Le thème d’aujourd’hui est double. Nous allons parler en premier lieu des relations des personnages, montrées au spectateur par la nourriture. Ensuite, on abordera la question de l’utilisation de celle-ci pour rythmer le film.

Famille, amis et ennemis dans les repas

C’est sûrement un des aspects les plus flagrants quand on parle de bouffe et de Miyazaki. Manger, c’est communautaire, ça se fait en famille, entre amis, à la maison souvent.

Manger ensemble autour d’une table a une signification importante à travers le monde. C’est l’esprit de camaraderie, un notion de famille et de partage.

Vous trouvez ça mielleux ? Croyez-moi j’ai pire. Pour Miyazaki, une famille qui mange ensemble, reste ensemble. C’est aussi simple que ça.

Dans La Colline aux coquelicots, on retrouve Umi, qui vit dans une pension. Elle n’a pas de lien de sang avec les autres, mais elle leur prépare à manger et mange avec eux. C’est sa façon de « construire » une famille.

Montrer des liens relationnels avec la nourriture

Chez Miyazaki, on peut voir un lien fort entre la façon dont un personnage reçoit de la nourriture et la relation qu’il entretient avec un autre.

Dans Le Château dans le Ciel, Sheeta refuse de manger le repas offert par Muska. Qu’est-ce qu’on apprend là ? Ils n’ont pas une relation amicale, elle est captive et il est son ravisseur. On peut encore plus le deviner par la composition du repas : de l’eau, du pain. Ce n’est peut-être que moi, mais ça fait très prison.

Plus tard, on retrouve Pazu en train de cuisiner les boulettes dont nous parlions dans le premier épisode. On le sait donc déjà, il les prépare pour son boss. Ce dernier le reprend sur sa façon de faire et, ainsi, nous indique une relation d’apprenti à maître.

Maintenant on va combiner les deux personnages. Pendant leur fuite, ils se réfugient dans une caverne et y partagent un repas de fortune. Sheeta accepte cette nourriture proposée par un ancien ennemi : leur lien se développe. La preuve : après le repas elle accepte l’aide de Pazu qu’elle repoussait jusque-là.

Dans Le Château de Cagliostro, le voleur Lupin mange un plat de nouilles instantanées en surveillant le château. Plus tard, l’inspecteur Zenigata fait de même. Ces deux plans nous font comprendre que les deux personnages vont être amenés à travailler ensemble.

Pourquoi, me direz vous ? Pour contrer le comte, dont on voit le banquet et le repas entre ces deux scènes.

Je pourrais vous parler de Princesse Mononoké, de Ponyo sur la falaisede Nausicaä de la vallée du vent, mais je vais m’arrêter là et vous laisser les regarder vous-même !

Famille et amis autour de la table

La famille et l’amitié c’est la base chez Miyazaki. On s’aime, on se réjouit, on se bisouille, et on mange. Avec les repas, il appuie une fois de plus sur cet ÉNORME bouton rouge de l’animation.

Dans Le Voyage de Chihiro, le personnage éponyme nous montrera plusieurs fois que les amis, c’est plus important que la nourriture. Cet avis n’engage pas la rédaction de la Comté.

D’abord, elle préfère un pain aux haricots rouges partagé avec ses amis à un buffet qui nous ferait saliver. Les haricots rouges, en Chine, c’est une garniture qui signifie que quelqu’un vous manque. Ici, le message est clair : elle manque de parents.

Dans Mon Voisin Totoro, notre bêbête favorite adore la bouffe. Il l’aime d’amour. Bref, pour remercier les deux jeunes enfants il leur offre à manger.

Dernier exemple pour la route : Le Château ambulant. On voit régulièrement des repas pendant ce film, le premier nous montre Sophie avec un simple morceau de pain et de fromage, après sa séparation d’avec ses parents.

Plus tard, ce repas prend tout son sens avec les paroles de Marco : si ta famille est incomplète, ton repas l’est aussi.

Sophie veut ensuite préparer un repas elle-même. Le problème, c’est qu’elle ne fait pas partie de la famille. Du coup, bien que les mets soient délicieux, la table et la vaisselle sont particulièrement sales.

La même scène nous est montrée plus tard et, cette fois-ci, la table est propre. La jeune Sophie appartient à la famille du Château.

Les repas rythment les films

Les liens entre les personnages, c’était assez clair. Passons donc au truc intéressant de cet épisode 2 : le rythme des films.

Comme il y a beaucoup à dire, je vais me contenter d’étudier deux cas et de parler de deux exceptions. J’aime bien quand c’est pair.

Pour les études, on va distinguer Phase de Calme (PC) et Phase d’Action (PA). Prêt ? C’est parti.

! Attention, cette partie va contenir des spoilers !

Le Voyage de Chihiro

On va écarter l’introduction, qui pourrait faire office de phase calme et passer à la première phase d’action.

Celle-ci survient quand Chihiro s’enfuit, avec l’aide de Haku. Action, course, stress, on a notre PA. Ensuite, phase de calme : Rin apporte le repas de Kamiji et de ses assistants.

Phase d’action suivante : Kamiji aide Chihiro à se faire engager par Yubaaba. Mouvementée, pas de repos, on a clairement une phase d’action. La phase de calme arrive juste après : la jeune fille se console avec les onigiris de Haku.

Engagée, Chihiro doit s’occuper de son premier client. Phase d’Action pleine de péripétie et d’angoisse pour la fillette qui est rapidement dépassée. Que fait-elle ensuite ? Pain fourré aux haricots rouges. Bim. Phase de calme.

Dans la PA suivante, Haku se retrouve grièvement blessé. Ensuite, le film se conclut : Chihiro s’octroie une pause gourmande chez la sorcière, c’est notre dernière phase de calme.

Le Château dans le ciel

Première phase de calme : Sheeta refuse le repas offert par ses geôliers. Ensuite, on a une phase d’action pendant laquelle Dora et ses pirates s’opposent à Muska.

On retrouve, dans la phase de calme, Pazu qui achète de quoi préparer le repas de son boss. Double phase de calme ici : Sheeta et lui font connaissance, ensuite, pendant le petit-déjeuner.

La phase d’action arrive avec les pirates et la course poursuite qui s’engage entre eux et les enfants. Ils se cachent dans une grotte et, PC oblige, partagent un repas.

Comme les adultes ne sont pas complètement des incapables, les deux gamins finissent par être capturés par l’armée à la suite d’une phase d’action. On retrouve ensuite Pazu, une fois enfui, qui parle avec Dora. Que fait-elle ? Elle mange. Allez, c’est donc notre phase de calme !

La scène du sauvetage de Sheeta est évidemment une phase d’action. Dernière phase calme du film : retour sur le vaisseau, Sheeta s’occupe du repas pour les autres et on conclut sur cette phase de calme.

Les exceptions

Comme, évidemment, Miyazaki ne pouvait pas me laisser faire mes articles tranquillement, il m’a collé des films où… bah ça colle pas.

Dans cette catégorie, on a Nausicaä de la vallée du vent et Le vent se lève. Deux fois « vent », moi, je vous le dis, ça sent le complot.

Je m’explique quand même : dans le premier, il n’y a de la nourriture que deux fois. Autrement dit, trop peu pour imposer un rythme.

Quant à Le vent se lève, c’est un peu l’exception à Miyazaki lui-même. On est sur des codes scénaristiques proches du biopic et de l’onirisme. Autrement dit, à côté de ce que fait habituellement le réalisateur.

Dans le prochain épisode de Miyazaki…

On a parlé des formes de la nourriture, des liens qu’elle impose et du rythme des films.

Alors dans l’épisode 3, on va parler tout « simplement » de la psychologie des personnages à travers la nourriture.

Voilà, je pose ça là, et j’vous dis au revoir.

3 comments on “La Nourriture chez Miyazaki, épisode 2 : La bouffe pour lier, la bouffe pour rythmer

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